INTÉRÊT DE LA THORACOSCOPIE POUR LA LIBÉRATION ANTÉRIEURE DES SCOLIOSES IDIOPATHIQUES
Interest of thoracoscopy for anterior release of idiopathic scoliosis

LE HUEC. J.-C*., MAGENDIE. J.*, LESPRIT. E.*, POLARD. J.-L.**, DAULOUEDE. C.*, THOMAS. D.*, HUSSON. J.-L.**


MOTS CLES KEYWORDS CODES MEARY
Scoliose Scoliosis 6281.0
Antérieur Antérior 6290.0
Thoracoscopie Thoracoscopy 6292.0

RÉSUMÉ :

Les auteurs ont réalisé 20 thoracoscopies chez des patients porteurs de scolioses idiopathiques raides. Cet abord antérieur peu invasif a permis de réaliser des libérations antérieures sur 4 à 9 étages permettant de mieux corriger la déformation scoliotique dans le plan frontal et sagittal lors de l'abord postérieur pour pose de matériel de Cotrel-Dubousset. La morbidité de cette technique est très faible. Par cet abord ils ont également pu réaliser des arthrodèses intersomatiques pour éviter l'effet vilebrequin chez les patientes à maturité osseuse incomplète.

SUMMARY :

Twenty thoracoscopies were performed for patients presenting a stiff thoraco-lumbar scoliosis. This anterior approach, little invasive, has allowed anterior interbody release from four to nine levels and a better correction of the scoliotic deformity in both frontal and sagittal planes during the posterior approach for instrumentation with the Cottrel-Dubousset fixation system. Morbidity has been very low (one pneumothorax and one haemothorax, both on the side opposite to the approach). Moreover, interbody fusion made possible by this technique in case of incomplete osseous maturity in order to avoid the «cranckshaft» phenomenon.

BIBLIOGRAPHIE


INTRODUCTION

L'utilisation d'un matériel de vidéo-assistance est devenue une pratique reconnue en pathologie rachidienne. Depuis les premiers travaux de Rosenthal20 et de
Regan18, l'abord par thoracoscopie des débormations rachidiennes, ainsi que des pathologies traumatiques11, est devenu une alternative à la thoracotomie. De même, l'abord du rachis lombaire développé par Le Huec et Husson5,6,7, permet d'effectuer des arthrodèses antérieures de L1 à L5.
L'utilisation de cette chirurgie thoracique endoscopique a progressé de façon importante dans le cadre des déformations rachidiennes. L'utilisation de la discectomie sans greffe, pour la libération antérieure des cyphoses, ou pour la libération antérieure des scolioses idiopathiques rigides, ou enfin pour la prévention d'un phénomène vilebrequin chez les patients immatures, a démontré l'intérêt de ces libérations qu'elle soient associées ou non à des greffes antérieures3,14,15,22. D'autres auteurs, et en particulier Papin16, ne partagent pas cet avis et ne retrouvent pas d'intérêt particulier à la réalisation d'un abord antérieur thoracoscopique dans le traitement des scolioses idiopathiques.

Le but de ce travail était d'apprécier la qualité de la réduction des scolioses idiopathiques à courbure principale thoracique bénéficiant d'une libération antérieure par thoracoscopie et de justifier cet abord antérieur endoscopique dans les indications d'intervention pour scoliose.

MATÉRIEL ET MÉTHODE

Matériel

Vingt patients présentant une scoliose idiopathique à courbure principale thoracique avaient été opérés par thoracoscopie pour la réalisation d'une libération antérieure. Cinq d'entre eux bénéficièrent de façon adjuvante d'une greffe en utilisant les têtes de côtes et la crête iliaque.
L'âge moyen était de 16 ans, il s'agissait de
18 femmes et 2 hommes.
La maturité osseuse était en grande partie acquise chez la majorité des patients : l'indice de Risser était à 5 chez 14 patients, à 4 chez 5, à 3 chez 2. Les 2 patientes à Risser 3 bénéficièrent d'une arthrodèse antérieure.
Dix-huit patients présentaient une courbure thoracique à convexité droite et 2 à convexité gauche. La moyenne de l'angle de Cobb au niveau thoracique dans le plan frontal en préopératoire était de 67,5 degrés (45 à 110°).
Le pourcentage de réductibilité en inclinaison latérale était de 22,9 %. La réductibilité moyenne permettait donc d'obtenir un angle de 51,8 degrés. Dans le plan sagittal, la cyphose thoracique moyenne de T 2 à T 12 était de 19,1 degrés (- 10 à 47) (Tab. I).

Tab. I. RÉSUMÉ DES 20 CAS EN PRÉOPÉRATOIRE

Tous les dossiers furent revus par un examinateur indépendant (E. Lesprit). Tous les patients bénéficièrent d'une consultation préanesthésique avec évaluation de la fonction pulmonaire et cardiaque.
Des clichés de face et de profil de la colonne vertébrale en entier, en charge et en suspension, et des clichés en inclinaison latérale étaient réalisés. Les angles de
Cobb étaient mesurés de face en position debout et en inclinaison latérale. Les mesures de cyphose étaient réalisées sur le profil.

En peropératoire, différents critères furent notés : le côté de la convexité, le nombre et le positionnement des trocarts , le nombre de disques libérés, l'association à une greffe osseuse ou non, les pertes sanguines et la durée de l'intervention.
En postopératoire, l'analyse clinique portait sur le résultat esthétique, le délai du drainage thoracique et le niveau de la douleur ressentie par le patient.
L'analyse radiologique était réalisée en postopératoire et au dernier recul, lors du suivi des patients à 3 mois,

6 mois, 1 an et 2 ans. L'angle de Cobb et la cyphose thoracique étaient mesurés et comparés à la réductibilité sur les bendings et au résultat final obtenu.

Méthode

Un seul opérateur avait réalisé toutes les interventions, toujours secondé par un chef de clinique. Aucun chirurgien thoracique ne vint participer aux gestes chirurgicaux
Tous les patients avaient été opérés sous anesthésie générale avec une intubation endo-trachéale à double voie pour pouvoir réaliser une exclusion pulmonaire.
Les patients étaient installés en décubitus latéral, le côté de la convexité en haut, tous les patients furent opérés du côté de la convexité. La disposition des appuis thoraciques et pubiens libérant parfaitement l'hémithorax opéré. Le membre supérieur du côté opéré était positionné de façon à ne pas gêner la mise en place des trocarts supérieurs par la présence de l'omoplate.
Lorsqu'une prise de crête iliaque était réalisée, elle était homolatérale.
Cette installation rendait très aisée la réalisation de la thoracoscopie mais il était nécessaire, après le temps endoscopique, de repositionner le patient en position ventrale sur un cadre de Hall, par exemple pour réaliser le temps postérieur. Lors de ce changement de position, le patient était réintubé avec une sonde classique.
Les trocarts étaient positionnés selon la technique habituelle, c'est-à-dire le long de la ligne axillaire antérieure. Le premier trocart était situé dans le 5e , 6e ou 7e espace intercostal pour éviter tout risque de lésion du diaphragme (fig. 1). Les espaces intercostaux les plus utilisés furent les 6e ,7e ,8e ,11e , les extrêmes étant le 3e et le 11e espace. Six trocarts furent utilisés en moyenne (4 à 7). Un endoscope de 10 mm à 0° (StorzR,
Tuttlingen) fut utile dans tous les cas, dans 2 cas, un endoscope a 30° fut utilisé pour des courbures importantes.

Fig. 1. Patient installé en decubitus latéral, endoscope en place, libération de la convexité scoliotique.

Les pédicules intercostaux furent systématiquement préservés et la plèvre pariétale était ouverte sur l'espace discal avec décollement des ligaments fixant la tête de côte sur les apophyses transverses et le disque. La discectomie était réalisée au bistouri électrique et à l'élévateur de Cobb. Des curettes spécifiques permettaient de réaliser une abrasion complète de la plaque vertébrale pour obtenir un avivement du tissu osseux, cet avivement était vérifié systématiquement par l'endoscope dans l'axe du disque. Lorsqu'une greffe osseuse était réalisée, elle était impactée dans l'espace discal à l'aide d'un pousse-greffon. Un contrôle à l'amplificateur de brillance était alors réalisé pour être certain de ne pas pousser un greffon en arrière du canal.
Un drain thoracique de 18 ou 28 était mis en place en fin d'intervention et retiré lorsqu'il donnait moins de
80 cc par 24 heures.
En postopératoire, tous les patients reçurent des opiacés et le protocole habituel utilisé pour la chirurgie des scolioses.

RÉSULTATS (Tab. II)

Les 20 patients furent opérés par thoracoscopie dans la même période, aucune thoracotomie ne fut réalisée, aucune conversion ne fut nécessaire. En moyenne six niveaux étaient abordés en préservant les pédicules intervertébraux. La durée moyenne de la thoracoscopie était de 16 minutes par niveau, cette façon d'évaluer la durée étant beaucoup plus objective que la durée globale, car celle-ci est directement fonction du nombre de niveaux abordés.
L'abord postérieur fut réalisé dans le même temps opératoire dans 19 cas et retardé de 4 jours dans 1 cas.
La perte sanguine sous thoracoscopie était directement fonction du nombre de niveaux opérés, lorsque
5 niveaux ou moins étaient abordés elle fut toujours inférieure à 100 cc, si on abordait 6 à 9 niveaux, la perte sanguine variait entre 100 et 180 cc. Aucun saignement majeur ou incontrôlable ne fut à déplorer.
La discectomie avait été jugée satisfaisante pour la majorité des disques abordés, même si les disques extrêmes, en particulier ceux situés en T10 et T12, étaient parfois plus difficiles à vider du fait de la présence du diaphragme qui gênait une excision complète en avant. La plèvre ne fut jamais suturée en fin d'intervention. Le drainage thoracique fut laissé en place en moyenne 2,1 jours et la quantité moyenne de liquide recueillie était de 545 cc.
Un patient présenta un pneumothorax spontané controlatéral à l'intervention 36 heures après celle-ci, sans cause chirurgicale retrouvée. L'hypothèse d'une

Tab. II. RÉSUMÉ DES 20 CAS EN POSTOPÉRATOIRE

rupture de bulle d'emphysème fut évoquée, ce pneumothorax drainé et n'eut pas de conséquence néfaste.
Un second patient présenta un hémothorax minime du côté opposé au geste chirurgical. Celui-ci ne nécessita pas de drainage.
Aucun patient ne présenta de pneumothorax à l'ablation du drain thoracique, 2/3 des patients trouvèrent l'ablation du drain thoracique douloureuse. La durée moyenne d'hospitalisation fut de 16 jours.
La correction moyenne entre pré et postopératoire, selon l'angle de Cobb, fut de 49,7 %, passant en moyenne de 67,5 degrés à 33,5. A 13 mois de recul en moyenne (6 à 26 mois), il n'existait pas de perte de correction notable au niveau de la zone arthrodésée (fig. 2a, 2b). L'évaluation radiologique de la qualité de l'arthrodèse antérieure était assez difficile du fait du matériel mis en place par voie postérieure et de la rotation persistante des vertèbres.
La cyphose thoracique préopératoire était évaluée en moyenne à 19,1 degrés. Cependant, ces valeurs moyennes ne reflétaient pas la grande disparité des profils en effet, 2 patients présentaient un dos creux avec des angles négatifs en préopératoire, aucun patient ne présentait de dos creux en postopératoire.
Tous les patients avaient été opérés sous contrôle des potentiels évoqués moteurs et sensitifs et aucune variation pathologique ne fut relevée. Aucun trouble neurologique n'était à déplorer au réveil, ni aucun sepsis pleural ou pulmonaire.

Fig. 2a. Scoliose de 62 degrés avec dos creux, réductible à 54 degrés en bending. Controle radiographiques pré et post - opératoire face et profil montrant la bonne correction de face et le rétablissement d'une cyphose de profil.

Fig. 2b.

DISCUSSION

L'utilisation des techniques endoscopiques passe nécessairement par une phase d'apprentissage au cours de laquelle on peut retrouver une légère augmentation du nombre de complications loco-régionales par rapport à une chirurgie classique, comme le rapporte Papin16.
Cependant, dans notre expérience et dans celle de
Lische10, l'utilisation d'une technique endoscopique pour aborder le rachis thoracique réduit le taux de complications et diminue la durée du séjour en soins intensifs.
Les indications habituellement retenues pour la thoracoscopie ont été énumérées par Regan et Guyer17 : scoliose idiopathique rigide supérieure à 75 degrés non corrigée à moins de 50 degrés sur des clichés en inclinaison latérale, prévention du phénomène vilebrequin chez des enfants au squelette immature et enfin patients présentant une tare neuro-musculaire ou une neurofibromatose avec tumeur intrathoracique.
Tous nos patients présentaient une scoliose idiopathique habituelle, raide avec une moyenne d'angle de
Cobb à 67,5 degrés mais la réductibilité n'était que de
22 %. Cette notion de réductibilité nous paraît essentielle pour prendre en compte la nécessité d'une libération antérieure. En effet, Papin dans sa série de 8 cas avait une réductibilité de 37 % et par conséquent, la nécessité d'une libération antérieure ne se justifiait que par la nécessité d'effectuer une greffe antérieure pour éviter un effet villebrequin. La libération antérieure dans notre série était parfaitement justifiée puisque l'angle de Cobb a été ramené à 33 degrés, c'est-à-dire une correction de
49,7 % qui correspond à plus du double de la correction obtenue en bending.
Une scoliose raide présentant un dos creux, même si elle est inférieure à 70 degrés, est une excellente indication de libération antérieure pour permettre la restitution d'une cyphose thoracique dans le plan sagittal.
Cette notion n'apparaît dans aucune des publications préalablement réalisées14,16,17,22.
Les deux notions essentielles sont donc la raideur et la présence d'un dos creux, ou l'existence d'une cyphose thoracique faible. La libération antérieure permet dans ce cas une restitution anatomique de meilleure qualité.
La majorité des auteurs préconise une position latérale et une approche dans la convexité14,17. Cette position procure un confort optimal pour l'opérateur et pour l'anesthésiste et permet de réaliser une thoracotomie sans difficulté en cas de nécessité de conversion.
L'inconvénient réside dans la nécessité de repositionner le patient pour effectuer le temps chirurgical postérieur.
Certains auteurs, dont Papin16 ont utilisé une approche dans la concavité pour effectuer une meilleure libération ; à ce niveau, il reconnaît que l'abord dans la concavité est nettement plus difficile et le contrôle des vaisseaux segmentaires plus dangereux. Ce même auteur préconise un décubitus ventral pour effectuer les deux temps opératoires sans nécessité de changer la position du paient.

Cependant, les mauvais résultats rapportés par Papin16 pour réaliser des discectomies dans cette position plaident en faveur de l'abandon de cette méthode, car le positionnement du patient à plat ventre ne permet pas un geste chirurgical dans les meilleures conditions.
Par thoracoscopie, la visualisation de la cavité thoracique est excellente et supérieure à celle obtenue au cours d'une thoracotomie19,20. Les discectomies peuvent être réalisées en respectant les pédicules intercostaux car la ligature de ceux-ci n'améliore pas l'exposition discale. La discectomie peut être complète et lorsque l'on refoule la veine azygos en dedans, on peut effectuer une excision de la totalité du ligament vertébral commun antérieur et d'environ 80 % de la surface discale.
Nous confirmons donc les travaux de Newton14 qui réalise des discectomies complètes dans les cas de cyphose thoracique. Waisman22 dont l'expérience est limitée à
3 cas, reconnaît des discectomies incomplètes du fait de sa faible expérience.
Dans notre expérience, le nombre de niveaux libérés (6 en moyenne) est égal, voire même supérieur à celui habituellement pratiqué en cas de thoracotomie classique. En cas de cyphose, la libération antérieure est plus facile à réaliser sous thoracoscopie.
La durée de l'intervention dépend de l'expérience de l'équipe chirurgicale et une courbe d'apprentissage est inéluctable, comme l'a rapporté Regan18. Newton14 sur
14 cas a une durée moyenne de 190 minutes pour
6 disques opérés. Dans notre expérience, la durée opératoire a rapidement diminué puisque la moyenne sur
20 cas est de 95 minutes pour 6 disques, soit une moyenne de 16 minutes par disque, il faut ajouter à ce temps de libération antérieure le temps nécessaire à une éventuelle arthrodèse (environ 5 minutes par niveau pour la mise en place des greffons). Ainsi, le temps nécessaire pour effectuer une libération antérieure avec arthrodèse sur 6 niveaux est de l'ordre de deux heures, ce qui correspond au temps nécessaire à une chirurgie par thoracotomie classique, tel que le rapporte Papin16.
Dans le cas d'un abord simultané antérieur et postérieur, la diminution de la douleur du fait de la thoracoscopie est probablement réelle par rapport à une thoracotomie8, mais le patient reçoit des antalgiques du fait de l'abord postérieur et de la prise de greffon iliaque ; il semble donc difficile d'établir le bénéfice effectif relatif à l'abord endoscopique. Le bénéfice esthétique de l'abord endoscopique est par contre indéniable.
Les critères cliniques et radiologiques pour l'ablation du drain thoracique dépendent du chirurgien et de l'équipe anesthésique. Regan18 et Mack12,13 enlèvent le drain thoracique en moyenne au deuxième jour postopératoire. D'autres auteurs tels Newwton14 et Papin16 notent une augmentation de la durée du drainage après thoracoscopie, la durée moyenne étant aux alentours de
4 jours. Il est possible que l'absence de suture de la plèvre et du lambeau périosté du ligament vertébral commun antérieur, impossible à préserver sous thoracoscopie, diminue l'effet hémostatique de la plèvre et entretienne un saignement. Dans notre expérience, lors de l'ablation du drain thoracique, il n'y eu aucune récidive d'épanchement ou de pneumothrax.
Mack12 dans une étude prospective sur 78 cas de chirurgie vidéo-assistée, ne retrouve pas de complication infectieuse ou vasculaire, mais insiste sur la nécessité d'être accompagné d'un chirurgien spécialiste de la thoracoscopie pour diminuer le taux des complications.
Dans notre expérience, nous n'avions pas effectué cette chirurgie en double équipe , mais nous avions suivi un entraînement intensif sur porcelets et sur cadavres avant de démarrer notre expérience clinique.
Baulot1 et Papin16 décrivent chacun une complication hémorragique avec saignement diffus lors de la thoracoscopie pour libération antérieure, aucune cause vasculaire majeure n'a été retenue par ces auteurs, seul
Baulot1 a dû effectuer une conversion pour tarir le saignement. L'utilisation de la thoracoscopie dans la littérature diminue de façon importante le taux d'atélectasie et de complications infectieuses2,8,10,11.
L'analyse de l'efficacité de la thoracoscopie dans la correction des scolioses est d'interprétation variable4,16.
Newton14 retrouve une correction moyenne de 50 % sous thoracoscopie contre 58 % par chirurgie ouverte.
Waisman22 rapporte une correction très satisfaisante de
63 % dans le cas d'une scoliose idiopathique. Papin16 sur
8 cas retrouve une amélioration de l'angle de Cobb de
63 % en moyenne, mais il signale que cette correction n'est pas supérieure à celle de l'une de ses séries préalables sans thoracoscopie avec seulement une instrumentation postérieure, il faut noter que sur ces
8 scolioses, 4 étaient d'origine neurologique, et la réductibilité sur les bendings était de 37 % en préopératoire ; d'autre part, l'angle de cyphose thoracique était élevé aux alentours de 42 degrés en moyenne, par conséquent le geste de libération antérieure n'était justifié que par la réalisation de l'arthrodèse pour éviter l'effet villebrequin sur des patients à Risser 1.
Lorsque les scolioses sont raides, comme dans notre expérience, avec une réductibilité à 22 % en préopératoire, la libération antérieure permet d'obtenir une correction très satisfaisante de la déformation scoliotique avec une amélioration de l'angle de Cobb de
49,7 % dans le plan frontal. D'autre part, dans le plan sagittal, toutes les courbures sont en cyphose thoracique en postopératoire. Les 5 patients qui présentaient soit un dos creux, soit un dos totalement plat à 0 degré ont retrouvé une cyphose thoracique supérieure à 10 degrés.

Le bénéfice du geste de libération antérieure par thoracoscopie ne semble donc pas à démontrer.
L'indication de la libération antérieure dans notre expérience est réservée aux patients présentant une réductibilité de leur courbure scoliotique frontale inférieure à
30 % sur les bendings, un dos creux , une cyphose thoracique faible et raide ou au contraire une cyphose majeure et non réductible. L'efficacité de l'arthrodèse sous thoracoscopie n'est pas toujours facile à démontrer.
Cependant, au-delà d'un an de recul, la fusion antérieure est acquise avec une coulée osseuse identique à celle que l'on peut observer après arthrodèse antérieure par thoracotomie.

CONCLUSION

La libération antérieure par thoracoscopie des scolioses idiopathiques raides thoraciques n'a pas augmenté la morbidité de la chirurgie correctrice des scolioses malgré l'allongement de la durée opératoire et le drain pleural.
La correction de l'angle de Cobb est supérieure à l'approche postérieure isolée avec un gain sur les bendings de plus de 25 %.
Le rétablissement d'une cyphose thoracique est un élément intéressant car elle permet un rééquilibrage de la balance rachidienne dans le plan sagittal tout en permettant une bonne correction dans le plan frontal.
Dans notre expérience, l'angle d'incidence a été peu modifié par la libération antérieure, passant de
54 degrés en préopératoire à 52 degrés en postopératoire. Cette technique permet également de réaliser des interventions vertébrales complexes2,19 et ses indications devraient s'étendre. Une large évaluation multicentriques sera nécessaire pour apprécier le bénéfice global.

DÉBAT

C. Bonnard (Tours) : J'ai perçu que tu étais tenté d'augmenter les indications de libération antérieure grâce à la thoracoscopie, puis en conclusion, tu dis que ce sont les mêmes indications que par thoracotomie.
J'aimerais donc comprendre, dans la scoliose, quels sont les critères qui te font poser l'indication d'une libération antérieure , deuxièmement, si la thoracoscopie élargit les indications, je crois qu'il faut les justifier.
Quelles sont ces justifications ?
J.-C. Lehuec (Bordeaux) : Actuellement, on réserve les libérations antérieures aux scolioses raides, c'est-àdire celles qui ont sur les bendings une réduction de moins de 30 %, de la courbure initiale. Normalement, on arrive souvent sur les bendings a avoir des corrections de 30 % et plus, ce qui ne justifie pas de libération antérieure, sauf si l'on a un dos creux. Dans le cas des dos creux, on a beaucoup de mal en peropératoire avec uniquement le temps postérieur, à redonner une cyphose thoracique, alors qu'en faisant une libération antérieure, on supprime l'effet chewing-gum du disque devant, ce qui permet de beaucoup mieux redonner la cyphose.
C'est vrai qu'au départ, on était un peu timoré, on n'a pas voulu s'attaquer à des scolioses trop importantes du fait d'un manque d'habitude technique. Maintenant on opère des scolioses avec un angle de Cobb important, c'est-à-dire 100-110 °, la libération antérieure qu'on avait un peu tendance à éviter du fait de l'agressivité de la thoracotomie est maintenant réalisée par endoscopie, on élargit ce type d'indication. Dans toutes les scolioses qui ont pus de 80°, on leur fait une thoracoscopie.
J.-F. Mallet (Caen) : Tu nous as dit que quand tu faisais une excision discale par voie antérieure, tu mettais ceux qui avaient des courbures très importantes en traction pendant quelque temps. On avait montré que la traction préopératoire n'avait pas d'intérêt même pour les scolioses de grande amplitude. Donc quel est l'intérêt de la traction dans ces conditions ? Est-ce pour préparer la moelle, est-ce pour éviter les séquelles neurologiques, est-ce pour améliorer la correction ?
J.-C. Lehuec : Du fait de la libération discale antérieure par endoscopie, on a quand même une certaine souplesse rachidienne, cette traction est faite pour éviter les ennuis vasculaires. Dans cette série un seul patient a été mis en traction. J'opère tous les patients, sous potentiels évoqués moteurs et sensitifs, mais je soigne mes coronaires.
J.-P. Clarac (Poitiers) : Dans notre pratique nous avons commencé cette technique, mais nous n'avons pas changé notre méthode d'information aux malades.
Que faites-vous à Bordeaux pour cela ?
J.-C. Lehuec : On leur précise que l'on va leur faire une libération antérieure et surtout on leur précise que c'est une technique qui, si elle fonctionne, permettra d'avoir trois ou quatre points d'entrée antérieure, ce qui est esthétique et qui leur plaît beaucoup, puisque ce sont souvent des jeunes filles, mais on leur précise bien qu'on peut être amené à faire une voie d'abord habituelle. Jusqu'à présent, on ne leur fait pas signer un document écrit, ce que l'on fait pour d'autres indications en chirurgie endoscopique lombaire, chez l'homme en particulier, pour les risques d'éjaculation rétrograde quand on fait les arthrodèses. Pour les enfants on ne leur fait pas signer de document ni à leurs parents, mais on leur précise bien que c'est une possibilité. Jusqu'à présent, nous n'avons pas eu besoin de nous en servir, mais cela doit rester dans nos esprits.


FIGURES