LE SYNOVIALOSARCOME DES PARTIES MOLLES
UNE TUMEUR RARE ET GRAVE
A rare and severe tumour : synovial sarcoma
PIDHORZ L.*, HUBERT L.*, BITAN F.*, DUPRÉ F.*, BRÉCHET I.*
| MOTS CLES |
KEYWORDS |
CODES MEARY |
| Synovialo-sarcome
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Synovial, sarcoma
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1381.0
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1510.0
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1769.5
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RÉSUMÉ :
Deux observations de cette tumeur rare des parties molles
sont rapportées et permettent d'en souligner la granité. Le pronostic,
grandement amélioré par la chimiothérapie à base d'Isofosfamide,
dépend étroitement du diagnostic précoce, de la taille et du siège de la
lésion (mieux apprécié par l'IRM) dont découle la possibilité d'une
exérèse large de la lésion. Les analyses immuno-chimiques et cyto-génétiques sont un apport considérable pour différencier ces sarcomes des
parties molles et présager leur évolution : des aberrations complexes
étant de moins bon pronostic que des modifications simples qui seraient
le fait d'une basse malignité.
SUMMARY :
Two cases of this rare tumour are reported. Prognosis
has been largely improved by chemotherapy using "ifosfamide" but
it remains inked with early diagnosis, site ans size : a wide resection
remains mandatory.
Immuno-chemical analysis and investigations for chromosomal aber
rations are of major interest for diagnostic purposes and probably for
prognostic evaluation.
INTRODUCTION
Représentant 5 à 10% des sarcomes des tissus mous,
le synovialosarcome se distingue par sa particulière gravité dans la mesure où il correspond au stade chirurgical
IIB d'Enneking (4) qui concerne les tumeurs de haut grade
de malignité à développement extracompartimental.
La plupart des séries historiques (1, 5, 6) rapporte 20
à 40% de récidives locales et 40 à 70% d'évolution métastatique.
Il n'existe aucun consensus sur le traitement de cette
tumeur qui nécessite après biopsie une exérèse radicale
faite dans les meilleurs délais : la validité de la chimiothérapie et de la radiothérapie n'est plus guère controversée.
L'imagerie moderne et de nouveaux protocoles
chimiothérapiques permettent un optimisme mesuré.
Delépine (3) rapportait en 1991 un taux actuariel de première rémission de 94% à quatre ans et un taux de survie en rémission de 97%.
MATÉRIEL ET MÉTHODE
Deux observations nous permettent de rappeler les principaux signes de cette affection :
- Un homme âgé de vingt-huit ans était traité depuis
cinq ans pour une lombosciatique droite s'accompagnant
d'une atrophie sévère du grand fessier. Deux neurolyses
sciatiques à la fesse ont été faites avant que ne soit découvert en novembre 1994, une tumeur de la face postérieure de cuisse mesurant 8 cm dans sa plus grande dimension, dont la biopsie montrera qu'il s'agit d'un
synovialosarcome monophasique de type épithélioïde.
En février 1995, il était procédé à une exérèse large
intracompartimentale. La chimiothérapie adjuvante, comportant trois cures d'Isfosfamide, Adriamycine et
Déticène (DTIC), était complétée par une radiothérapie
locale de 45 Gy répartie sur cinq semaines.
En février 1996 étaient découvertes de nombreuses
métastases pulmonaires qui réagissaient mal à une modification du protocole chimiothérapique. Le patient décédait sept mois après leur dépistage en septembre 1996.
- Une femme était âgée de 53 ans lorsqu'on découvrait une petite tumeur de la face dorsale du pied, mesurant deux centimètres. Il était procédé à une exérèse
marginale de la tumeur en octobre 1988. Le pathologiste
conclut à une synovite villo-nodulaire.
Une première récidive survenait dans l'année amenant
en octobre 1989 à une nouvelle exérèse contaminante.
Le diagnostic de synovialosarcome dans sa variété monophasique de type épithélioïde était alors fait. Quatre cures
de chimiothérapie (protocole CYVADIC incluant
Cyclophosphamide, Vincristine, Adriamycine et DTIC)
étaient réalisées, suivies en mars 1990 d'une radiothérapie locale de 52 Gy.
Une seconde récidive survenait en octobre 1990 : elle
était traitée par amputation de jambe à son tiers supérieur.
La patiente, surveillée régulièrement depuis, était toujours en rémission en novembre 1996.
DISCUSSION
Décrit par Chassaignac en 185? et démembré par
Haagensen et Stout en 1944, le synovialosarcome trouve
son origine dans les cellules mésenchymateuses tumorales qui ont subi une dédifférenciation qui les font ressembler à la membrane synoviale articulaire. Il ne provient
donc pas de la membrane synoviale mais se développe
sur les gaines tendineuses et les bourses séreuses ( 9).
Les publications, peu importantes en nombre de cas
(20 à 50 cas), restent rares et concernent surtout des séries
anciennes : quarante-six cas dans l'étude multicentrique
de Tomeno (6), vingt cas pour Henderson et Lee (5, 8),
trente-huit cas pour Ryan et Cameron (9, 2). La seule
grande série publiée (185 cas) provient de la Mayo clinic et date de quinze ans (14).
Cette tumeur est plus fréquente chez l'adulte jeune, de
moins de trente ans et de sexe masculin.
Elle se manifeste après un temps de latence variable :
deux ans en moyenne pour Henderson (5), un an pour
Kirby et Ryan (7, 9) par une tuméfaction souvent douloureuse qui siège préférentiellement aux extrémités et
particulièrement (1, 9, 13) aux membres inférieurs (genou,
cuisse) comme dans les deux observations rapportées.
Pour Kibly (7) ce serait la tumeur maligne la plus fréquente au pied. Elle serait localisée plus spécialement
à la cheville, au talon ou au dos du pied comme dans
notre observation.
IMAGERIE
La radiographie conventionnelle la reconnaît selon le
site sous forme d'une tumeur des parties molles marquant fréquemment son empreinte sur l'os avoisinant
(20% des cas) dont la corticale peut s'épaissir. Il existe
des microcalcifications dans 20 à 40% des cas, celles-ci
peuvent prédominer donnant le change avec un ostéosarcome.
Il existe lors de l'artériographie une hypervascularisation circonscrite (fig. 1) avec shunt artério-veineux et
lors de la scintigraphie une hyperfixation.
L'IRM constitue le meilleur examen car elle apprécie
le siège. l'extension et surtout la taille de la lésion dont
la grande valeur pronostique a été soulignée par de nombreux auteurs (5, 11, 14). La tumeur apparaît généralement bien limitée, de signal intermédiaire, au contact de
l'os qu'elle n'envahit pas (fig. 2t 3).
INTERVENTION
Lors de l'intervention, cette tumeur apparaît de consistance ferme ou molle, entourée d'une pseudo-capsule clivable aisément et faussement rassurante. La tumeur infiltre
les gaines tendineuses longitudinales ce qui oblige lors
de l'exérèse à passer très au large pour ne pas être contaminant.
HISTOLOGIE
L'histologie retrouve un grand polymorphisme marqué
par l'association à des degrés divers de cellules fusiformes
fibrosarcomateuses et de cellules cuboïdes , épithélioïdes
organisées en ébauche de structure glandulaire avec de nombreuses mitoses anormales.
On décrit trois types de sarcomes pour lesquels aucune
corrélation pronostique ne serait notée, le sarcome monophasique à forme épithéliale pure rencontré dans la deuxième
observation serait plus grave, mais pour Buck (1) les formes
fibrosarcomateuses seraient plus graves. Pour Henderson (5),
une grande activité mitotique serait péjorative.
- La fréquence des divers types histologiques est diversement appréciée :
Pour Wright (14), le sarcome monophasique caractérisé
par la présence d'un seul type tissulaire épithélial
(fig. 4t 5) ou fibrosarcomateux, se rencontre dans 31%
des cas. Le sarcome biphasique. retrouvé dans 33% des
cas. se caractérise par l'association de ces deux formes tissulaires. Le sarcome indifférencié serait retrouvé dans
36% des cas.
Les analyses immuno-chimiques permettent depuis peu
d'isoler avec précision cette tumeur des autres sarcomes
des parties molles (fibrosarcome, liposarcome, léiomyosarcome mais aussi angiosarcome ou métastases d'adénocarcinome) grâce au marquage par des anticorps spécifiques
antikératine ou antivimentine.
CYTO-GÉNÉTIQUE
Des études cyto-génétiques montrent dans 90% des
cas une anomalie chromosomique très spécifique liée à
la translocation du X sur le chromosome 18, notamment
sur les bras court et long P11 et Q11 qui s'exprime par
la formule T (X ; 18), (p11 ; q11), (10). Ces études chromosomiques, d'interprétation plus difficile que pour le
tissu hématopoiétique, pourraient se faire après ponction
biopsie à l'aiguille.
TRAITEMENT
Le traitement de ces lésions est pluridisciplinaire
La chirurgie
Doit être radicale et repose avant tout sur l'ablation
large, monobloc, extracompartimentale de la tumeur en
veillant à retirer une berge suffisante de tissu sain avoisinant. Cette attitude, défendue par tous les auteurs, permet seule le contrôle local de la lésion, diminue la
mortalité ainsi que le coût de cette pathologie en terme
de santé. L'amputation défendue par Cameron et
Henderson (2, 5) ne peut se discuter actuellement que
dans les formes d'exérèse difficile : racine des membres
et récidives. Elle n'améliore pas cependant de manière
significative la survie des patients.
La chimiothérapie
Repose sur l'association d'isophosphamide et de vincristine (protocoles CYVADIC ou IVA) En s'inspirant
du protocole défendu par Delépine (3) dont les résultats
sont de très loin supérieurs à ceux publiés. on retiendra
après chirurgie la mise en route de la chimiothérapie dès
le huitième jour postopératoire en six cures. puis de la
radiothérapie dès le quinzième jour à la dose de 50 Gy
répartie sur un champ large , complétée d'un surdosage
localisé de 15 Gy.
PRONOSTIC
Dans les séries rétrospectives la survie est de 30 à
40% à cinq ans (2, 5, 6, 14), 25 à 30% à dix ans (2, 14).
Cependant les thérapeutiques actuelles améliorent le pronostic : 78% de survie à cinq ans pour Lee (8) après résection élargie monobloc, mais seulement 44% n'ont à cette
date pas de signe de maladie évolutive, pour Delépine (3)
94% sont en première rémission à quatre ans.
Le synovialosarcome possède le plus fort pouvoir de
récidives parmi tous les sarcomes des parties molles (13).
Elles surviennent très rapidement en deux à trois mois
ou au contraire très tardivement (douze ans pour
Tomeno) (6). Elles sont favorisées par une chirurgie inadéquate notamment après excision simple et dépendent étroitement du siège (face, tronc) et de la taille de la tumeur
(plus de 5 cm). Le type histologique aurait pour
Saddegh (12) aussi un rôle pronostique.
La présence de métastases est presque toujours le témoin
d'une lésion fatale dans l'année qui suit leur découverte
comme dans l'observation n°1 (5, 6, 9). Les métastases
pulmonaires surviendraient dans 80% des cas, une extension ganglionnaie ou osseuse serait plus rare (1).
Leur date d'apparition est soit rapide : dix-huit mois
en moyenne pour Ryan (9) comme dans la première
observation; soit très tardive, des années après le traitement initial : jusqu'à quatorze ans (6).
Aucune étude actuelle n'a pu démontrer, en terme
de survie à long terme, l'efficacité de la métastasectomie
FIGURES