FAUT-IL ENCORE FAIRE DES INTERVENTIONS DE BANKART ?
HUBERT L., RENAULT E., PIDHORZ L.
| MOTS CLES |
KEYWORDS |
CODES MEARY |
| Epaule
|
Shoulder
|
3187.2
|
| Luxation
|
Dislocation
|
3230.0
|
| Bankart
|
Bankart
|
|
RÉSUMÉ :
Entre 1974 et 1994, 52 épaules ont été opérées d'une
instabilité antéro-interne selon la technique de Bankart. 41 épaules ont
été revues avec un recul moyen de 7 ans.
Il n'y a eu aucune récidive de luxation ou de subluxation, mais
6 épaules présentaient une instabilité objective lors de l'examen clinique. La rotation externe était diminuée en moyenne de 20°.
Selon la cotation fonctionnelle du groupe Duplay, 35 épaules sont
classées excellents ou bons résultats. Six épaules sont classées moyens
résultats et aucune mauvais résultat. 92 % des patients ont repris la
même pratique sportive et 77 % au même niveau. Selon la cotation
radiologique de Samilson, il existe cinq omarthoses de stade 1 et deux
omarthroses de stade 2 (soit 17 %).
Nos résultats fonctionnels et radiologiques sont comparables aux
données récentes de la littérature concernant les capsulorraphies à ciel
ouvert et les butées.
Lors de la suture capsulaire, nous prenons un grand soin à moins brider la rotation externe afin de diminuer la survenue d'une omarthrose.
L'utilisation d'ancres plus systématiquement devrait simplifier le geste
opératoire.
INTRODUCTION
Depuis l'apparition de nouvelles techniques, notamment arthroscopiques (2, 4, 8, 15), l'intervention de
Bankart (1) est-elle encore d'actualité pour traiter les
instabilités antéro-internes de l'épaule ? Afin de
répondre à cette question et de juger de la fiabilité à
long terme de la technique de Bankart, nous avons revu
les patients opérés dans le service selon cette méthode.
MATÉRIEL ET MÉTHODE
Entre 1974 et 1994, 52 épaules ont été opérées selon
la même technique. Un patient est décédé, 2 patients
n'ont pu être revus en consultation, et 8 patients sont
perdus de vue. Au total, 41 épaules ont été examinées
avec un recul moyen de 7 ans (1-20 ans).
Il s'agissait de 38 patients, 3 ayant été opérés de façon
bilatérale (31 hommes et 7 femmes). L'âge moyen lors
de l'intervention était de 28 ans (18-56 ans). Le côté
dominant était atteint dans 70 % des cas. L'instabilité
avait évolué 36 fois sur le mode de luxations récidivantes et 5 fois sur le mode de subluxations récidivantes. L'étiologie de la première luxation était dans
56 % des cas un traumatisme sportif.
Les lésions capsuloligamentaires étaient 35 fois des
lésions de Bankart : lésion du bourrelet et décollement
sous-capsulopériosté de Broca et Hartmann. Il y avait
6 distensions capsulaires isolées. Le rebord antéro-inférieur de la glène était éculé (voire fracturé) dans 31 cas.
Des lésions cartilagineuses étaient notées 13 fois (dont
3 fois sur les deux versants articulaires). L'encoche de
Malgaigne était présente 30 fois.
Tous les patients ont été opérés selon la technique de
Bankart modifiée selon Rowe (10) : abord delto-pectoral sur un malade en position demi-assise, incision du
muscle suscapulaire dans sa portion tendineuse et capsulotomie en regard de l'interligne articulaire. Après
excision du bourrelet détruit : perforation de 3 tunnels à
la partie antérieure et inférieure de la glène (2 h, 4 h, et
6 h pour une épaule droite) pour permettre la réinsertion
du lambeau capsulaire externe et la suture en paletot du
lambeau capsulaire interne, enfin suture sans paletot du
muscle suscapulaire (schéma 1).
L'épaule est immobilisée pour trois semaines en
abduction à 60° puis rééduquée sans travail de la rotation externe avant la sixième semaine.
La révision clinique fonctionnelle s'est faite à l'aide
de la cotation de G. Walch et du groupe Duplay (12).
L'activité sportive, classée en trois niveaux et cinq types
de sport, est cotée sur 25 points. La stabilité, la douleur
et la mobilité sont cotées sur 25 points chacune. Le
résultat est jugé excellent (91 à 100 points), bon (76 à
90), moyen (51 à 75) ou mauvais (50 points et moins).
Lors de la révision, le bilan radiologique comprenait
des clichés de face en rotation externe, en rotation
neutre et en rotation interne, un profil glénoïdien de
Bernageau ainsi qu'un profil scapulaire de Lamy. Ceci a
permis de dépister une éventuelle omarthrose classée
selon la cotation de Samilson (11).
RÉSULTATS
La reprise du travail a eu lieu en moyenne à la
dixième semaine (2-16 sem.) et la reprise sportive à la
seizième semaine (6-32 sem.).
Lors de la révision, 34 épaules étaient totalement
indolores. Les mobilités étaient normales hormis la rotation externe, déficitaire en moyenne de 20° (0-50° de
déficit). Seulement 12% des épaules avaient une rotation externe comparable au côté opposé.
Aucun patient n'a présenté de récidive de luxation ou
subluxation. Par contre, six épaules avaient une instabilité objective dépistée lors de l'examen clinique.
Avant l'intervention 15 patients sur 24 avaient arrêté
toute pratique sportive. Lors de la révision, 92 % des
patients avaient repris leur sport favori et 77 % des
patients repratiquaient le même sport au même niveau
(tableau I).
Selon la cotation fonctionnelle, 10 résultats sont
classés excellents et 25 sont bons, soit 85 % des épaules.
6 (15%) sont des résultats moyens. Il n'y a aucun mauvais résultat.
Radiologiquement, il existait 5 omarthroses de
stade 1, et 2 de stade 2 (soit 17 %). Il n'y avait aucune
arthrose scapulo-humérale de stade 3. Dans notre série,
l'omarthrose augmente statistiquement avec le recul et
le nombre de luxations préopératoires (p = 0,007 et
p = 0,01 respectivement).
COMPLICATIONS
Elles sont au nombre de trois : deux algoneurodystrophies et une paralysie transitoire du muscle biceps brachial par traumatisme peropératoire du nerf musculocutané.
DISCUSSION
Nos résultats fonctionnels sont comparables aux
autres séries de capsulorraphies à ciel ouvert, notamment les plus récentes (tableau II). Cependant, ces comparaisons sont parfois difficiles à analyser : les circonstances de récidives ne sont pas toujours clairement
énoncées (traumatisme aussi violent que la première
luxation ?), de même que les types d'instabilités résiduelles (sont-elles subjectives et/ou objectives ?).
A l'heure actuelle, les techniques de capsulorraphie à
ciel ouvert permettent d'obtenir une meilleure fiabilité
que les techniques arthroscopiques (13).
Le recul grandissant des séries permet de valider la
qualité des résultats fonctionnels mais fait aussi apparaître un pourcentage croissant d'omarthrose.
Seul Rowe (10), avec une série déja ancienne, ne décrit
aucune omarthrose, contrairement à la majorité des
auteurs (3, 6, 7, 9, 14).
Cette arthrose n'est pas l'apanage des capsulorraphies
puisque les techniques de stabilisation par butées montrent des taux similaires (tableau III). Logiquement, ces
techniques devraient être moins arthrogènes puisqu'elles entraînent peu de déficit en rotation externe,
cause reconnue d'arthrose à moyen et long terme (5).
L'explication est peut-être dans la iatrogénicité des
butées mal positionnées (débordantes) et du matériel
d'ostéosynthèse. Sur le plan fonctionnel, hormis la technique de Trillat abandonnée devant un taux de récidives
prohibitif (14), les résultats des butées sont tout à fait
comparables à ceux des capsulorraphies.
CONCLUSION
L'intervention de Bankart apparaît donc comme une
technique fiable, à faible morbidité et non iatrogène à
court terre. Afin qu'elle le soit à moyen et long terme,
nous prenons soin de suturer le lambeau capsulaire en
rotation neutre de l'épaule pour limiter le moins possible la rotation externe. Pour la même raison, nous ne
faisons jamais de suture en paletot du muscle suscapulaire à la façon de Putti-Platt.
Enfin, il s'agit d'une technique difficile, notamment
pour réaliser les tunnels transosseux glénoïdiens. Afin
de simplifier ce geste opératoire, nous utilisons maintenant des ancres qui, nous l'espérons, nous permettront
de conserver la même qualité de résultat.
DÉBAT
J. Duparc : Que faites-vous lorsque vous découvrez
un éculement antéro-inférieur important qui risque de
gêner la réinsertion capsulaire ?
Réponse : Les points inférieurs sont alors en partie
intra-articulaires ce qui risque de diminuer la surface
articulaire, de brider la rotation externe et peut expliquer
la survenue d'une arthrose. Dans une observation cet
artifice n'a pu être réalisé et un Latarjet a été fait.
FIGURES